Un parcours d'obstacles
Le journal du Médecin – Hospitals que vous tenez entre les mains consacre son dossier central (pages 16 à 21) à la cybercriminalité. Un sujet brûlant, à la lumière des récentes cyberattaques qui ont frappé plusieurs hôpitaux belges, dont l’AZ Monica.
Côté francophone, les esprits se souviennent encore des attaques particulièrement dévastatrices subies par Vivalia en 2022 et par le CHRSM Namur en 2023. Dans les deux cas, il fallut beaucoup de temps pour rétablir un fonctionnement normal.
Ces attaques ne doivent rien au hasard. Les hôpitaux constituent des cibles idéales pour les cybercriminels - parfois avec, à la clé, des demandes de rançon - parce qu’ils sont déjà soumis à une pression continue, multiforme, souvent contradictoire. Les systèmes informatiques cèdent là où l’ensemble est fragilisé : infrastructures vieillissantes, sous-investissement chronique, pénurie de compétences et empilement de missions.
Se focaliser uniquement sur la cybersécurité aurait toutefois été insuffisant pour rendre compte de l’ampleur des défis auxquels les institutions hospitalières sont confrontées. Car au-delà de l’attaque numérique, c’est la capacité même de l’hôpital à remplir son rôle central dans le système de soins qui, en ce mois de février 2026, est en question. Les finances, d’abord, sont structurellement déséquilibrées - les rapports MAHA en témoignent -, dans l’attente d’une réforme du financement hospitalier et de la nomenclature annoncée pour la fin du mandat du ministre Frank Vandenbroucke.
Les directions hospitalières sont confrontées à des arbitrages permanents. Indexations imparfaitement compensées, hausse des coûts énergétiques et technologiques : urgences, gardes, permanence des soins, santé mentale ou fonctions universitaires reposent de plus en plus sur des équilibres précaires.
À cela s’ajoute une pénurie de personnel devenue structurelle. Infirmiers et médecins dans certaines spécialités, bien sûr, mais aussi parfois techniciens et informaticiens.
Les urgences, quant à elles, se transforment en point d’entrée majuscule pour des patients qui n’ont pas trouvé de réponse ailleurs. En cause : pénurie de généralistes, saturation de la santé mentale, etc. Le virage ambulatoire progresse parfois plus vite que les dispositifs de soutien à domicile, au risque d’accentuer certaines inégalités.
Enfin, le numérique, souvent présenté comme une solution, devient lui-même un défi. Interopérabilité imparfaite, surcharge administrative, responsabilités juridiques liées à l’intelligence artificielle : les promesses sont réelles, mais les risques aussi. L’IA fait encore des erreurs monumentales qui, si elles ne sont pas corrigées par des humains, peuvent avoir des conséquences graves.
Dans ce numéro, nous avons néanmoins voulu ouvrir une fenêtre d’espoir. Les hôpitaux innovent, s’adaptent et se réinventent sans cesse. La progression des hospitalisations de jour et la réduction des durées de séjour (pages 26 à 30) en sont des exemples concrets.