Breakthrough Prize / Los Angeles
Rosa Rademakers récompensée pour ses travaux sur la démence frontotemporale
La chercheuse anversoise Rosa Rademakers a reçu un "Breakthrough Prize" pour ses travaux sur les origines génétiques de la démence frontotemporale (DFT) et de la sclérose latérale amyotrophique (SLA).
La scientifique, avec ses équipes au sein de l'Institut flamand de biotechnologie (Vlaams Instituut voor Biotechnologie, VIB) de l'Université d'Anvers et de l'Hôpital Mayo Clinic de Floride, ont travaillé sur un facteur génétique majeur lié à un sous-type rare de DFT et à la SLA.
Les équipes partagent la récompense avec Bryan Traynor, de l'Institut américain sur le vieillissement (Nationale Institute on Aging).
Ces travaux ouvrent la voie à de nouvelles manières d'étudier ces maladies, explique l'organisation derrière la remise de prix. La découverte a été publiée dans Nature Genetics en mars.
Deux pathologies étroitement liées
La Pre Rosa Rademakers a reçu le Breakthrough Prize pour sa découverte d’une cause génétique importante non pas d’une, mais de deux maladies : la démence frontotemporale et la SLA.
Il y a une vingtaine d’années, des chercheurs ont identifié plusieurs familles dans lesquelles deux affections neurologiques apparaissaient simultanément. Certains membres de ces familles présentaient des symptômes typiques de la SLA : crampes, faiblesse musculaire et, finalement, paralysie des bras et des jambes. D’autres personnes, au sein des mêmes familles, perdaient le contrôle de leur comportement et de leurs émotions, et souffraient de démence frontotemporale. Un certain nombre présentaient également une combinaison des deux. Il s’est avéré que ces deux maladies étaient plus étroitement liées qu’on ne le pensait initialement.
Cheffe d'équipe à la Mayo Clinic
Les généticiens ont rapidement établi un lien entre le fait qu’un membre de la famille tombe malade et « quelque chose sur le chromosome 9 », mais l’anomalie précise de l’ADN s’est révélée plus difficile à identifier. La Pre Rademakers elle-même s’y est longtemps heurtée. Ce n’est qu’en 2011, notamment grâce au développement de méthodes plus fines de lecture de l’ADN, que les pièces du puzzle se sont assemblées.
Entre-temps, la Belge dirigeait une équipe à la prestigieuse Mayo Clinic en Floride. C’est là qu’elle a découvert une répétition inhabituelle d’un court segment d’ADN dans un gène jusque-là inconnu (C9ORF72, pour « chromosome 9 open reading frame 72 »). Au sein d’une même famille, les personnes en bonne santé présentaient un faible nombre de ces répétitions, alors que celles touchées par une démence frontotemporale ou une SLA en avaient parfois des milliers...
Tout s'accélère...
L’impact de la découverte n’est véritablement apparu que lorsque les chercheurs ont examiné d’autres familles: chez une sur trois, ils ont observé le même schéma.
Mme Rademakers et son équipe ont ensuite étudié cette répétition inhabituelle dans le gène C9orf72 chez d’autres patients atteints de démence frontotemporale (DFT), sans antécédents familiaux. Dans ce groupe également, une personne sur 20 présentait de longues répétitions dans l’ADN.
Moins répandue et connue que la maladie d'Alzheimer, la DFT constitue l'une des principales causes de démence chez des patients relativement jeunes, encore professionnellement actifs. Elle touche les zones du cerveau impliquées dans le comportement, la personnalité, le jugement et la communication.
Bien que la SLA et la démence frontotemporale ne soient pas héréditaires dans la grande majorité des cas, cette découverte a donné une forte impulsion au domaine de la recherche: enfin, il existait un point d’ancrage clair. La quête des mécanismes biologiques, des biomarqueurs et d’un traitement a pu commencer.
Au cours des 15 dernières années, des recherches menées par différents laboratoires dans le monde ont montré que les répétitions multiples dans le gène C9orf72 déclenchent plusieurs processus pathologiques. Plusieurs stratégies visant à contrer ces effets sont actuellement testées dans des essais cliniques.
Un prix hors du commun
La chercheuse belge partage les honneurs de ce prix avec Bryan Traynor, neurologue américain et chercheur sur la SLA. Son équipe a identifié, à la même période, la répétition sur le chromosome 9. Ensemble, ils reçoivent un prix de 3 millions de dollars. En termes de dotation, les Breakthrough Prizes sont les plus importants pour les scientifiques.
Les fastes de la cérémonie sont un choix délibéré des fondateurs, parmi lesquels des milliardaires de la tech comme Sergey Brin (Google) et Mark Zuckerberg (Facebook). Leur objectif est de célébrer les scientifiques comme des héros et d’inspirer la génération suivante.
Rosa Rademakers est rentrée en Belgique en 2019 pour devenir directrice scientifique au Centre de neurologie moléculaire VIB-UAntwerpen.