Prix du Généraliste
Qui êtes-vous, Docteure Estelle De Stefano ?
J’ai effectué mes trois années d’assistanat en médecine générale et j’exerce actuellement dans la ville où j’ai passé toute mon enfance et mon adolescence: Colfontaine (au sud de Mons, NdlR). J’ai choisi d’y rester car je me sens attachée à cette région et à ses habitants. Le fait d’avoir grandi sur place, puis d’y avoir été formée, me permet de bien connaître les réalités de terrain et la population, et donc d’avoir une relation plus proche avec mes patients, ce qui facilite aujourd’hui ma pratique.
C’est une région assez défavorisée sur le plan socio-économique, ce qui m’a confrontée très tôt à une grande diversité de problématiques médicales et sociales. On y retrouve des pathologies liées à la précarité et aux habitudes de vie, ce qui m’a beaucoup appris, tant sur le plan médical qu’humain.
La variété des pathologies rend la médecine générale très enrichissante, intellectuellement et humainement. De plus, en tant que généraliste, nous accompagnons nos patients sur le long terme, à tous les âges de la vie. J’aime le fait de pouvoir suivre les patients parfois sur plusieurs générations d’une même famille, ce qui nous offre une relation privilégiée de confiance - que l’on retrouve moins, selon moi, dans d'autres spécialités médicales.
J’aime l’idée de jouer un rôle central dans le parcours de soin. Mais j’apprécie également l’équilibre de vie que peut offrir cette spécialité. La médecine générale permet une certaine liberté dans l’organisation du travail et offre la possibilité de concilier vie professionnelle et vie privée. Pour moi, il est important de pouvoir exercer un métier passionnant tout en gardant un équilibre.
LIRE PAR AILLEURS : Quelle place occupe la cigarette électronique chez les jeunes aujourd’hui ?
Il y a une vraie différence entre la théorie apprise pendant les études et la réalité de terrain. Pendant mes études, j’avais une vision assez théorique de la médecine, alors qu’en pratique, le métier est beaucoup plus humain et complexe que ce que j’imaginais. On se rend compte que la prise en charge ne repose pas uniquement sur les connaissances médicales, mais aussi sur l’écoute, l’adaptation au patient, le contexte social et parfois la gestion de l’incertitude.
J’ai également découvert toute la réalité pratique du métier... dont on ne nous parle pas pendant les études : la charge administrative, l’organisation et les contraintes liées à la continuité des soins, la comptabilité… L'administratif peut prendre beaucoup de place et empiéter sur le temps consacré aux patients. La continuité des soins fait également qu’il n’est pas toujours facile de se déconnecter complètement du travail. Cela peut parfois empiéter sur la vie personnelle, il faut apprendre à trouver un bon équilibre. Il me semble important d’améliorer les conditions d’exercice: rendre la médecine générale plus attractive est essentiel pour l’avenir de la profession et pour lutter contre le manque de médecins.
Un professeur a dit un jour que « chaque spécialité de la médecine consiste à connaître tout sur un domaine précis, alors que la médecine générale, c’est connaître un peu sur tout ». Cette phrase m’a beaucoup marquée, elle reflète exactement ce qui me plaît dans la médecine générale : sa grande diversité. On voit de tout, et chaque journée est différente ! En consultation, on peut passer en quelques minutes de la psychiatrie à la gynécologie, puis à la cardiologie, passer d’un patient de 90 ans à un bébé de 3 mois. J’aime cette polyvalence, le fait de devoir constamment m’adapter et garder une vision globale. C’est très stimulant.
Rester humble est important: on ne peut pas tout savoir, il faut accepter l’incertitude et savoir parfois demander l’avis d’un confrère. Pour moi, les qualités les plus importantes pour un médecin généraliste sont l’empathie et l’écoute, l’adaptation et la rigueur. Il faut comprendre le patient dans sa globalité, avec son contexte familial, social et psychologique. Il est essentiel de prendre le temps de l’écouter pour instaurer une véritable relation de confiance. Un bon généraliste doit aussi savoir s’adapter: en consultation, on peut passer très vite d’une problématique à une autre, et chaque patient est différent, avec des besoins spécifiques.
Avec l’expérience, je me rends toutefois compte qu’il est aussi important de savoir poser des limites et dire non. Quand c'est nécessaire, et toujours de manière bienveillante et expliquée. Face à des demandes inadaptées, des prescriptions injustifiées ou des attentes irréalistes. Savoir poser un cadre fait aussi partie du rôle du médecin et permet de préserver une relation saine avec les patients. Par ailleurs, je crois que nous irons de plus en plus vers des pratiques multidisciplinaires. En tout cas je l’espère, car cette collaboration permet d’assurer un suivi de qualité.
J’ai un intérêt particulier pour la prévention et l’importance du mode de vie sur la santé des patients. Nous jouons un rôle clé dans leur accompagnement, cet aspect mériterait d’être davantage valorisé. J’ai suivi une formation en nutrition car l’alimentation joue un rôle essentiel dans la prévention et la prise en charge de nombreuses pathologies chroniques. J’aimerais développer davantage cet aspect dans ma pratique en proposant des consultations de nutrition. Toujours dans cette démarche de promotion d’un mode de vie sain, j’aimerais suivre une formation en sevrage tabagique afin de pouvoir mieux accompagner les patients qui souhaitent arrêter de fumer. Ce sont des domaines qui me motivent car ils permettent d’avoir un impact concret sur la santé à long terme et ils correspondent bien au rôle du généraliste.
En dehors de la médecine, j’aime beaucoup voyager et découvrir de nouveaux endroits, que ce soit à travers des visites culturelles, les paysages ou la gastronomie. J’aime découvrir d’autres modes de vie et cultures. J’aime aussi passer du temps avec ma famille et mes proches, ce sont des moments importants qui me permettent de décompresser et de prendre du recul par rapport au travail.