Les urgences médicales à 10 km d’altitude
« Y a-t-il un médecin à bord ? »
À bord d’un avion, une urgence médicale peut survenir à tout moment. C’est pourquoi Brussels Airlines forme ses pilotes et son personnel de cabine à réagir rapidement et de manière appropriée.
Yentel Bogaert, formatrice en premiers secours et cheffe de cabine chez Brussels Airlines, a expliqué au journal du Médecin comment ces formations sont structurées. Le personnel de cabine suit une formation de base d’environ deux mois. Celle-ci comprend notamment une formation de trois jours aux premiers secours dispensée par un professionnel de la santé. Yentel Bogaert est elle-même sage-femme de formation et a travaillé comme infirmière avant de rejoindre Brussels Airlines.
Au cours de cette formation, les membres du personnel de cabine apprennent comment réagir face aux différentes situations médicales susceptibles de survenir pendant un vol. L’accent est mis sur la prise en charge initiale et sur une réaction appropriée. « Il n’est absolument pas question de faire de notre personnel de cabine des médecins », souligne Yentel Bogaert.
« Il est toutefois important qu’ils puissent prodiguer les premiers secours lorsqu’un problème médical survient et réagir rapidement dans des situations potentiellement mortelles. Si une personne se met soudainement à parler de manière confuse, ils doivent avoir le réflexe de se dire : 'il s’agit peut-être d’un AVC'. »
Après cette formation initiale, une formation de recyclage de deux jours et demi est organisée chaque année. Elle comprend une remise à niveau en premiers secours.
Pour les pilotes, la formation aux premiers secours est plus courte et davantage axée sur les situations auxquelles ils peuvent être confrontés. « Les pilotes prennent leurs repas dans le cockpit pendant le vol. Si l’un d’eux s’étouffe, il est important qu’ils sachent comment réagir. »
L’attention ne se limite pas aux situations médicales aiguës. L’hygiène du sommeil et la gestion de la fatigue font également partie des formations. « Aux nouveaux collaborateurs, nous expliquons comment gérer eux-mêmes le décalage horaire et la fatigue. Des conseils et des outils leur sont également fournis. » En outre, les membres du personnel suivent des formations obligatoires en ligne sur le rythme circadien de l’organisme et les effets des horaires variables.
« Nous ne voulons pas faire de notre personnel de cabine des médecins, mais ils doivent être capables de réagir de manière appropriée face à des situations potentiellement mortelles. »
S’exercer dans une cabine reconstituée

Tant pour les pilotes que pour le personnel de cabine, une grande partie de la formation aux premiers secours se déroule en salle de cours, mais elle comporte également un important volet pratique, notamment pour la réanimation cardio-pulmonaire (RCP) et l’utilisation du défibrillateur automatisé externe (DAE) dont est équipé chaque avion de Brussels Airlines.
Brussels Airlines dispose également d’une cabine reconstituée dans son centre de formation à Vilvorde. « Nous y reproduisons les situations de la manière la plus réaliste possible. Les portes se ferment, les procédures sont lancées et un vol est simulé, par exemple à destination de Barcelone. Pendant l’exercice, nous observons la manière dont notre personnel de cabine réagit et nous corrigeons si nécessaire. »
Ces simulations sont importantes, car certaines interventions paraissent techniquement simples, mais sont beaucoup plus difficiles à réaliser dans un avion. « Déplacer un passager assis près du hublot vers le galley (là où le personnel prépare les repas, NdlR), afin qu’il puisse être allongé au sol, c'est quelque chose qui doit être pratiqué en amont. »
Problèmes médicaux en cours de vol
La plupart des problèmes médicaux à bord ne sont heureusement pas graves. « Les situations que je rencontre le plus souvent sont les personnes qui se sentent mal, qui ont des vertiges, qui risquent de s’évanouir ou qui souffrent de nausées dues aux turbulences. »
La formation médicale est néanmoins loin d’être superflue. « Brussels Airlines transporte neuf millions de voyageurs par an, et tout ce qui peut arriver au sol peut aussi se produire dans les airs », explique Nico Cardone, porte-parole de Brussels Airlines. « On peut vraiment être confronté à tout : un accouchement, une crise cardiaque, une hémorragie cérébrale, etc. »
En cas de problème médical grave, le personnel de cabine vérifiera d'abord si un médecin ou un autre professionnel de santé se trouve à bord. La question « Y a-t-il un médecin à bord ? » ne serait donc pas un cliché du cinéma hollywoodien ? « Nous la posons effectivement », confirme Yentel. « J’ai moi-même dû le faire il y a encore quelques vols. Mais cela se passe de manière plus discrète qu’au cinéma, afin de ne pas susciter d’inquiétude inutile. »
Dans une situation qui met la vie du passager en danger, il peut être nécessaire d’interrompre le vol afin qu’il puisse être pris en charge par une ambulance à l’aéroport le plus proche. « La décision finale revient toujours au commandant de bord », précise Yentel. « En pratique, cette décision est prise en concertation avec le personnel de cabine et les professionnels de santé présents à bord. »
S’il n’y a pas de médecin à bord, le personnel de cabine peut contacter MedAire, une sorte de centre d’assistance pour les urgences médicales dans les secteurs de l’aviation et de la navigation maritime. Sur la base des symptômes observés, les médecins de MedAire peuvent évaluer le degré d’urgence de la situation et déterminer si une intervention rapide est nécessaire.
Les atterrissages d’urgence pour raisons médicales sont extrêmement rares, souligne Nico Cardone. « Une étude internationale portant sur 77.790 vols réguliers en 2022 et 2023 a montré qu’une urgence médicale grave s’était produite sur 0,47 % de ces vols. Dans 1,7 % de ces situations, il a été décidé d’interrompre le vol et d’atterrir le plus rapidement possible. Il s’agissait alors le plus souvent de problèmes neurologiques ou cardiovasculaires. »
Vigilance face aux maladies infectieuses
Sur les vols de Brussels Airlines, en particulier les vols long-courriers et ceux à destination de l’Afrique, une attention particulière est également portée aux maladies infectieuses. Selon Yentel, le paludisme constitue un point de vigilance majeur, non seulement pour les passagers, mais aussi pour les membres d’équipage qui se rendent fréquemment dans des zones impaludées.
« La fièvre est l’un des principaux signes d’alerte qui doivent faire penser au paludisme. Si une personne présente de la fièvre après un vol long-courrier, nous partons du principe qu’il s’agit d’un paludisme jusqu’à preuve du contraire. »
Pour la formation relative aux maladies infectieuses, Brussels Airlines collabore avec l’Institut de Médecine Tropicale d’Anvers. « Nous avons récemment réalisé une interview avec un médecin qui explique ce qu’est le paludisme et quels en sont les symptômes. Ces informations sont également utilisées dans les formations. » Lorsqu’une épidémie de maladie infectieuse survient – comme récemment avec Ebola –, les procédures sont de nouveau rappelées lors du briefing précédant le vol.
Chaque avion est équipé d’un kit d’équipements de protection individuelle (EPI) permettant au personnel de bord de se protéger. « Lorsqu’une maladie contagieuse est suspectée, une procédure est mise en place afin d’isoler le passager concerné. Celui-ci doit porter un masque, et un membre de l’équipage de cabine est désigné pour s’occuper de lui tout en se protégeant à l’aide d’une surblouse, de gants et d’un masque. Nous identifions également les personnes assises à proximité de ce passager afin de permettre un suivi ultérieur. »
Bonjour docteur
Aux médecins qui prendront l’avion cet été, Yentel a encore un message à faire passer. « Lorsqu’un passager nous signale au moment de l’embarquement : 'Je suis médecin, n’hésitez pas à venir me chercher si besoin', c’est toujours très apprécié. Les chances que nous devions faire appel à vous sont très faibles, mais il est rassurant pour nous de savoir qu’un médecin se trouve à bord et de savoir où le trouver. »
Que contient l’équipement médical à bord ?
Un avion de ligne de Brussels Airlines transporte davantage de matériel médical à bord que ne l’imaginent la plupart des passagers.
Il y a tout d’abord une trousse de premiers secours classique. « Elle contient des médicaments disponibles sans ordonnance, comme du paracétamol, mais aussi des bandages, des pansements, des ciseaux et des gants. » Cette trousse de base peut être ouverte et utilisée par l’équipage. Les médicaments ne sont administrés qu’après avoir vérifié si le passager a déjà pris d’autres traitements, s’il souffre d’allergies ou s’il a consommé de l’alcool.
En plus de cette trousse de base, il existe une trousse médicale d’urgence beaucoup plus complète. « Autrefois, on l’appelait la 'trousse du médecin'. Elle ne peut être ouverte et utilisée que par du personnel ayant une formation médicale », explique Yentel. Cette trousse constitue une vraie mini-pharmacie contenant notamment de l’adrénaline, des antalgiques, des sédatifs, des antihistaminiques, des antibiotiques ainsi qu’un inhalateur.
Parmi les instruments disponibles, un médecin trouvera notamment un tensiomètre, un oxymètre de pouls, un stéthoscope, un kit d’accouchement pour une naissance à bord, ainsi que le matériel nécessaire pour poser une perfusion ou pratiquer une intubation. L’aspect administratif n’a pas été oublié : le médecin doit consigner le compte rendu de son intervention sur un formulaire intitulé « Medical Report ».
Dans le cadre des vérifications effectuées avant chaque vol, les deux trousses sont contrôlées. « Si le scellé est brisé, cela signifie que la trousse a probablement été utilisée lors d’un vol précédent. Nous vérifions alors qu’elle est toujours complète. »
Chaque avion est également équipé d’un défibrillateur automatisé externe (DAE) et de bouteilles d’oxygène. Les passagers qui ont besoin d’oxygène peuvent demander à l’avance une bouteille d’oxygène personnelle.