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Faut-il acheter de l’or ? Oui !

Telle est la conviction d’un nombre croissant de gestionnaires d’actifs, mais également d’économistes. Pour des raisons assez fondamentales, au centre desquelles le dérapage des dettes publiques, surtout aux États-Unis.

Guy Legrand - 22 septembre 2026

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La dette de l’État américain a franchi la barre des 40.000 milliards de dollars ! L’information a fait les grands titres de la presse le mois dernier. On a pu lire également, en ce qui concerne la Belgique, que la remontée des taux d’intérêt coûtait un milliard et demi d’euros à l’État. Deux facettes d’une même inquiétude : en raison de déficits budgétaires que les EÉtats n’arrivent pas à réduire, leur dette augmente au point qu’on nourrit quelques doutes sur leur capacité à la rembourser… du moins sans utiliser l’un ou l’autre subterfuge dont l’épargnant serait la victime. C’est dans ce contexte que l’or a retrouvé un fameux éclat depuis l’an dernier.

In Trump we don’t trust

La dette de Washington équivaut à quelque 125 % du PIB, c’est-à-dire de la richesse produite par le pays en un an. Et le paiement des intérêts représente presque un cinquième du total des dépenses de l’État. On doit noter que la plupart des pays européens sont beaucoup mieux lotis (lire ci-contre). Le volume est donc impressionnant, mais ce n’est pas tout. Dans le passé, après la dernière guerre en particulier, une dette colossale a pu être résorbée à la fois par volonté politique et grâce à une croissance économique soutenue. Cette dernière est aujourd’hui plus faible, tandis que la première est totalement inexistante dans le chef du président Trump.

Ce dernier est même une importante cause d’inquiétude pour les investisseurs internationaux. Un président capable de s’immiscer dans la coupe du monde de foot et d’imposer des droits de douane à n’importe quel pays, suivant son humeur… est capable de tout. Y compris de rembourser la dette de Washington sous condition. Celle par exemple de souscrire aussitôt à de nouveaux emprunts américains, ou de concéder à Washington des préférences commerciales.

En monnaie de singe

C’est toutefois sur un autre terrain que la crainte est la plus vive : une inflation supérieure au rendement. Car si l’on affirme à juste titre qu’un État ne peut pas faire faillite, c’est avec deux bémols. D’abord, ce n’est vrai que pour les pays endettés dans leur propre devise, ce qui est le cas des États-Unis. L’explication est simple : ils peuvent tout simplement créer de la monnaie pour rembourser. Cela signifie toutefois qu’ils créent en même temps de l’inflation. Et donc qu’ils remboursent en argent dévalué, en « monnaie de singe », comme on dit familièrement. C’est l’autre bémol, qui a en réalité valeur de sévère avertissement.

« C’est dans ce contexte que l’or retrouve son rôle historique », écrivait récemment l’économiste Bruno Colmant. « L’or n’est donc pas seulement une protection contre l’inflation. Il est aussi une assurance contre la perte de crédibilité monétaire et contre la tentation des États de résoudre leurs difficultés par l’érosion de la valeur réelle des dettes. »

Rien à voir avec un carnet de dépôt !

On ne saurait oublier que l’or peut s’avérer très volatil. Ainsi, en janvier, le cours avait-il flambé de 24 % peu avant la fin du mois, avant de chuter de 9 % le jeudi 29. Nouvelle chute en mars : l’once de métal jaune perdit 15 % en deux semaines. Il ne faut donc pas se tromper : l’or, ce n’est pas la tranquillité d’un carnet de dépôt ! Comme expliqué ci-dessus, c’est une assurance contre un risque monétaire. Ses spectaculaires coups de mou de cette année ne remettent de toute manière pas en cause ses brillantes (forcément…) performances récentes. En recul de 16 % sur six mois à l’heure d’écrire ces lignes, il reste en hausse de 20 % sur un an. Pour rappel, l’or s’est apprécié de 46,6 % en 2025, après 34,2 % déjà en 2024. Et ceci en euro.

Il ne faut donc pas se tromper : l’or, ce n’est pas la tranquillité d’un carnet de dépôt ! C’est une assurance contre un risque monétaire.

Si la détention physique d’or ne saurait être exclue, ce sont incontestablement les instruments financiers qui sont aujourd’hui recommandés, à savoir les fameux ETF (pour Exchange Traded Fund, ou fonds coté en bourse). Dans le cas de l’or, il s’agit en réalité plus précisément d’ETC (C pour Commodities, matières premières). On déconseille les produits qui ne seraient investis en or qu’au moyen de contrats financiers, mais la plupart des produits proposés sont bel et  bien investis en or physique. Presque tous ont du reste incorporé l’expression Physical Gold dans leur nom. Ils ont pour grande qualité des frais de gestion annuels très faibles, de l’ordre de 0,11 ou 0,12 % à peine. Normal : il n’y a pas d’analystes financiers à rémunérer pour opérer des choix, puisqu’on achète simplement des lingots !

Un très large choix

Le choix de ces ETC est vaste : quasiment tous les gestionnaires de fonds en proposent. Certains pèsent très lourd : les iShares Physical Gold ETC, Invesco Physical Gold et Amundi Physical Gold ETC qui trônent sur le podium ont respectivement récolté, en chiffres ronds, 34, 26 et près de 12 milliards d’euros. Les gestionnaires de fonds WisdomTree et Xtrackers proposent pour leur part plusieurs autres produits du genre.

Petites précisions identitaires : Invesco, Amundi (filiale du Crédit Agricole français) et WisdomTree sont des géants internationaux de la gestion d’actifs. Quant aux étiquettes iShares et Xtrackers, elles sont le fait, pour la première, de l’américain BlackRock, numéro un mondial, et pour la seconde de DWS, filiale de Deutsche Bank. De belles signatures donc. Notons que le site Internet justetf.com est une des principales sources d’informations que l’on peut conseiller sur ces produits.

L’effet de levier des mines

Il est une autre approche pour investir dans l’or : les producteurs de métal, les mines d’or en d’autres termes. Sauf à suivre le secteur de près, on n’oserait conseiller à l’investisseur d’opérer lui-même l’un ou l’autre choix individuel. Les fonds diversifiés s’imposent donc et plus particulièrement les ETF. Comme il s’agit ici d’opérer des choix parmi les nombreuses mines cotées, les frais de gestion sont plus élevés, à savoir 0,5 % environ, mais inférieurs à ceux de la plupart des autres fonds d’actions.

Ces ETF sont moins nombreux et moins importants. On peut ici avancer l’iShares Gold Producers et le VanEck Gold Mines, dont les actifs tournent autour de quelque 3 milliards d’euros.

Leurs portefeuilles se ressemblent, aussi vrai que les grands noms du secteur sont incontournables : tous deux affichent le même trio de tête : Newmont Corp (Etats-Unis), Agnico Eagle Mines et Barrick Mining (Canada). Nombre de différences apparaissent toutefois, entraînant des performances contrastées. Ainsi l’action Newmont a-t-elle bondi de 68 % depuis le début de l’année, plus du double d’Agnico (33 %), tandis que Barrick (52 %) se positionne entre les deux. Rien à voir avec le mimétisme d’un ETC indexé sur l’or…

Ces performances sont très supérieures à celle de l’or lui-même, en progrès de quelque 20 % sur un an. Les mines offrent en effet un effet de levier puisqu’une forte hausse du cours du métal jaune se traduit par un écart grandissant avec leur coût de production. La hausse de leur bénéfice est donc supérieure à celle du cours de l’or. L’an dernier, les mines avaient globalement bondi deux fois plus que l’or. L’effet de levier est en principe plus important encore pour des mines en phase de démarrage. C’est la spécialité de l’ETF VanEck Junior Gold Miners, qui est donc plus spéculatif. Car on ne saurait oublier que ce qui grimpe plus vite… rechute de la même manière.

L’Europe est moins endettée que les États-Unis, mais…

Certes, plusieurs États affichent un déficit budgétaire de l’ordre de 5 %, comparable à celui des États-Unis. C’est le cas de la Belgique et de la France, tandis que la Pologne dépasse 7 %. Mais bon nombre se situent sensiblement plus bas. Certains affichent même un excédent budgétaire, dont l’Irlande, le Danemark ou encore le Portugal. Le déficit budgétaire moyen de l’UE est ainsi de 3,1 %, proche du chiffre imposé à Maastricht.

Il n’en va pas de même de la limite de 60 % du PIB imposée pour la dette publique, un plafond que de nombreux pays ont explosé : 150 % pour la Grèce, 139 % pour l’Italie, 117 % pour la France. Belgique et Espagne dépassent également 100 %. Nombre d’États sont cependant beaucoup plus vertueux, comme l’Allemagne et surtout les Pays-Bas, la Suède et le Danemark, ces trois derniers affichant respectivement 44 %, 35 % et 27 % à peine ! Résultat : la dette publique moyenne de l’Union se situe à 82 %, soit un tiers de moins que celle des États-Unis.

Le problème de l’Europe est par contre le même que celui de Washington au niveau de la remontée des taux d’intérêt. Il est même un peu plus grave dans la mesure où la zone euro a connu des taux extrêmement bas à partir de 2015. L’Allemagne a même pu émettre des obligations à 10 ans à taux négatifs du début du printemps 2019 à la fin de l’année 2021 ! La Belgique en a aussi profité en 2020, plus modérément et plus brièvement. Washington, de son côté, émettait à un taux inférieur à 1 % en 2020, mais la moyenne des années antérieures se situait aux environs de 2,5 %. Le taux actuel, de l’ordre de 4,7 %, est donc double de ce dernier. En Europe, il est grosso modo 6 ou 7 fois plus élevé pour des pays comme l’Allemagne et surtout la France et la Belgique. C’est dire que le choc de la remontée des taux d’intérêt est beaucoup plus douloureux de ce côté-ci de l’Atlantique.

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