Intelligence artificielle
Quand un hôpital régional innove grâce à l'IA
L’IA ne doit pas nécessairement être l’apanage des hôpitaux universitaires ou des grands établissements hospitaliers. Dans la banlieue d'Anvers, l'AZ Rivierenland expérimente l’IA, notamment pour les comptes-rendus de consultations, les questions de personnel et les tâches administratives. Quels enseignements un hôpital régional tire-t-il de l’utilisation concrète de l’IA sur le terrain ?
C'est par un simple constat, fin 2024, que l’aventure « IA » a débuté pour ce groupe hospitalier : la technologie progressait rapidement et l’hôpital ne voulait pas rester à quai, explique Nathalie Lenaerts, digicoach (coach digitale) à l'AZ Rivierenland.
Un groupe de pilotage, composé notamment de membres de la direction, de chefs de service et de représentants des départements concernés, a donc pris les devants.
Définir une politique avant d'expérimenter
Cette première exploration débouche sur une politique en matière d’IA afin de définir clairement ce qui est autorisé ou non au sein de l’organisation. Ligne directrice: l'intelligence artificielle doit apporter une réelle valeur ajoutée aux patients et aux prestataires de soins, pas d’IA pour le simple plaisir de faire de l’IA.
« Nous sommes tous très occupés dans le secteur des soins de santé. Nous voulons travailler plus efficacement et surtout réduire la charge administrative afin de pouvoir consacrer davantage de temps à nos patients », explique Mme Lenaerts.
De la reconnaissance vocale au chatbot
C’est dans cet esprit que l’hôpital a lancé plusieurs projets. Parmi les premières applications concrètes, l’utilisation d’un système d’écoute ambiante lors des consultations, dont le Dr Pieter Versyck, psychiatre, fut l’un des pionniers. La conversation est enregistrée pendant la consultation à l'aide d'un microphone, puis transcrite par l’IA qui génère un compte-rendu à partir d’un modèle prédéfini.
« Pour être franc, la transcription est loin d’être parfaite », reconnaît le Dr Versyck. « Le compte-rendu est très satisfaisant, même s’il faut toujours le relire attentivement – et cela prend moins de temps que si je devais le rédiger moi-même. » Un compte-rendu généré par l’IA retrace l’histoire du patient et la prise en charge de manière beaucoup plus détaillée qu’un compte-rendu classique, ce qui facilite la communication avec les autres professionnels de santé. L'AZ Rivierenland étudie encore la manière d’intégrer la technologie d’écoute ambiante dans le dossier patient informatisé (DPI) avant de la déployer plus largement dans d’autres disciplines.
Parallèlement, l'hôpital mène plusieurs autres projets autour de l’IA. Le service du personnel a notamment développé un chatbot, qui ne traite pour l’instant que les questions reçues par e-mail. L’objectif est toutefois de rendre progressivement cet outil accessible à l’ensemble des collaborateurs. Microsoft Copilot joue également un rôle important: « Grâce à un financement de Microsoft, nous avons commencé à explorer Copilot et à familiariser les utilisateurs avec ses différentes possibilités », poursuit Mme Lenaerts. L’IA est ainsi utilisée pour élaborer les horaires de travail, tandis que d’autres applications concernent l’imagerie médicale, l’analyse de rapports et les comptes-rendus de réunions. Dans le système de documentation Confluence, l’IA permet également d’effectuer des recherches dans différents documents et de les comparer.
L’IA est un assistant : il ne faut pas partir du principe que tout ce qu’elle produit est correct.
Pas d’IA sans phase de test
À l'AZ Rivierenland, un nouvel outil IA n’est jamais déployé sans précautions. Il faut d’abord vérifier que l’application est adaptée à l’hôpital sur les plans technique, juridique et organisationnel. La sécurité, la confidentialité et la protection des données font également l’objet d’une attention particulière. Ce n’est qu’après une phase de test approfondie qu’une application peut effectivement être mise en production.
« Nous ne prenons aucune décision à la légère », assure Mme Lenaerts. « Pour le chatbot du service du personnel par exemple, nous avons commencé les préparatifs dès janvier, et il n’a été mis en production que ce mois-ci. »
Au stade actuel de développement de l’IA, la prudence reste de mise, souligne-t-elle encore. « L’IA est un outil d’assistance : il ne faut pas considérer que tout ce qu’elle produit est forcément exact. Il faut toujours vérifier ses résultats car c’est vous qui restez responsable, en dernier ressort. »
Tout le monde n’avance pas au même rythme
Au sein de l’organisation, tous les collaborateurs ne sont pas aussi enclins à se lancer dans l’IA. Selon Mme Lenaerts, les plus jeunes adoptent assez facilement cette technologie. Les responsables se montrent eux aussi très intéressés, notamment parce qu’ils en perçoivent le potentiel en termes de gain de temps.
« Les collaborateurs qui aiment tester de nouvelles choses se lancent eux aussi rapidement. Mais pour les soins au chevet du patient, nous en sommes encore en pleine phase de développement. »
L’hôpital a délibérément choisi de ne pas adopter une approche descendante qui imposerait à tous l’utilisation d’une application d’IA au même moment. « Nous n’avons pas élaboré de politique prévoyant qu’à partir d’une date donnée, tout le monde devrait utiliser tel ou tel outil. Nous avons préféré lancer des projets pilotes et nous appuyer sur des ambassadeurs au sein de notre organisation. »
Ces ambassadeurs sont issus de différents services de l’hôpital. Le groupe, qui comptait au départ une petite dizaine de collaborateurs, s’est progressivement étoffé pour atteindre une quarantaine de personnes. « Sur le terrain, ces collaborateurs sont bien placés pour identifier les besoins et nous indiquer ensuite ce que nous devons tester ou aborder différemment », confie Nathalie Lenaerts.
Pour l’instant, les patients restent encore en retrait
À l’exception de la technologie d’écoute ambiante utilisée lors des consultations du Dr Versyck, les patients sont encore peu directement confrontés aux applications IA. « Nous sommes nous-mêmes encore en phase d’exploration. Nous négocions par exemple la mise en place d’une application destinée aux patients, dans laquelle nous souhaitons intégrer des questionnaires. Mais parallèlement, nous tenons à préserver le caractère humain des soins et à continuer à le mettre en avant. »
La situation est différente avec l’écoute ambiante. Dans ce cas, l’IA contribue déjà à améliorer les échanges entre le médecin et le patient. « Avant, je prenais notes sur mon PC pendant que le patient parlait », explique le Dr Versyck. « Aujourd’hui, je peux être beaucoup plus présent dans l’échange avec le patient. » Les patients qui ne souhaitent pas utiliser cette technologie peuvent le signaler.
« Trouvez vos ambassadeurs »
Les hôpitaux ne doivent pas réinventer la roue: « Nous sommes tous confrontés aux mêmes questions : quelles applications d’IA permettent réellement de gagner du temps ? Comment organiser le contrôle de la qualité ? Comment gérer la confidentialité et la protection des données ? Et à qui incombe la responsabilité lorsque l’IA commet des erreurs ? Nous échangeons aussi régulièrement sur ces questions au sein de Zorgnet-Icuro. L’organisation a d’ailleurs élaboré des guides pratiques de base ainsi que des règles de bonnes pratiques pour l’utilisation de l’IA. »
Aux hôpitaux qui n’ont pas encore fait leurs premiers pas dans l’IA, la digicoach conseille de commencer à petite échelle: « Trouvez des ambassadeurs pour le projet. S’ils peuvent montrer aux autres collaborateurs les gains d’efficacité et de temps qu’ils peuvent obtenir, ainsi que les avantages qu’ils peuvent en tirer, une dynamique se créera naturellement. »
Autre recommandation : mettre en place, au sein de l’organisation, un point de contact clairement identifié auquel les collaborateurs peuvent adresser leurs questions. « Il faut qu'ils puissent s’adresser directement à l’un des ambassadeurs, et pas systématiquement au service informatique. C’est très important à mes yeux. »
Symposium
Le 3 octobre, l'AZ Rivierenland organise, en collaboration avec le cercle de médecins généralistes de Schelde-Rupel, un symposium consacré à l’IA dans les soins de santé. Il s’adresse aux médecins généralistes et aux spécialistes.
Des experts issus du terrain, du secteur technologique et des soins de santé partageront leur expérience des possibilités offertes par l’IA, de ses limites et des points de vigilance, à travers des exemples concrets en prise directe avec la réalité des professionnels de santé. Le symposium vise également à renforcer la collaboration entre médecins généralistes et spécialistes.
Infos : https://events.azr.be/huisartsensymposium_2026/nl/programma