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« Une source d’inquiétude, mais pas un handicap définitif »

Nous avons posé la question au Pr Édouard Louis, doyen de la faculté de médecine de l’Université de Liège depuis l’instauration de l’examen d’entrée puis du concours, et par ailleurs chef des départements d'hépato-gastroentérologie et d’oncologie digestive du CHU de Liège.

Cécile Vrayenne - 22 september 2026

Pr Édouard Louis Université de LiègeLe journal du Médecin: la faiblesse des cotes de l'examen d'entrée signifient-elles que les médecins de demain seront forcément moins bons que ceux d'hier ? 

Pr Édouard Louis: C'est une source d'inquiétude dans le sens où ces sciences de base permettent de structurer l'esprit scientifique, l'esprit d'analyse, et donc la façon dont les futurs médecins peuvent envisager et entrevoir des problèmes. Mais ce n'est pas un handicap définitif: c’est probablement lié à l'évolution sociétale et de l'enseignement secondaire sur lesquels les universités n'ont pas beaucoup de prise. Mais nous en sommes conscients. Nous le voyons d'ailleurs à travers les performances de nos étudiants dans les sciences précliniques qu'on leur enseigne et qui nécessitent certaines connaissances de base. On voit les difficultés, et nous sommes obligés de nous adapter et d'essayer de faire en sorte qu'avec le bagage et l'outil dont ils disposent, on puisse les amener à devenir de bons médecins.

« C'est une source d'inquiétude dans le sens où ces sciences de base permettent de structurer l'esprit scientifique et d'analyse. »

C'est clair aussi que pour être de bons médecins, il y a bien d'autres qualités que les qualités scientifiques et les éléments testés par ce concours d'entrée. Mais cela nous impose d’en tenir compte dans les parcours de formation, et de faire en sorte que des lacunes essentielles ne soient pas laissées sans être comblées. Bien sûr, on ne va pas reprendre ces cours-là : ces matières ont disparu du cursus lors du passage de la médecine à six ans et il n'y a pas de place pour les remettre. D'autant plus que la matière médicale elle-même est sans cesse en croissance. Mais nous devons réfléchir à des stratégies qui permettent aux jeunes médecins, malgré tout, de développer un raisonnement clinique et une analyse critique basée sur des données factuelles et scientifiques, même s'il y a des lacunes de départ.

Certains s'inquiètent, mais a-t-on une idée des cotes dans ces matières il y a 20 ou 30 ans pour pouvoir réellement comparer les niveaux ?

Ces matières faisaient partie du parcours de la première année de médecine, celui qui ratait ne passait pas tout simplement : à l'époque, effectivement, il fallait réussir ces matières pour poursuivre les études. Aujourd'hui, toutes ont été transférées dans le concours d'entrée.

De manière générale, je dirais qu'on est face à un choix difficile : faut-il faire entrer suffisamment de médecins parce qu'on est en pénurie, quelles que soient leurs aptitudes de départ, et puis essayer d'adapter au mieux le parcours pour que l'on forme des très bons médecins malgré tout, ou devons-nous être hyper sélectifs à l'entrée, mais on ne comblera jamais la demande ? C’est le principe même d'un concours par rapport à un examen : il ouvre le robinet au niveau où les commissions de planification nous l’indiquent. À nous de faire au mieux pour les former. Mais c'est vrai que les lacunes de base représentent des obstacles.

Le problème est identique chez nos voisins ?

Il est en partie lié à l'enseignement secondaire. Les enquêtes PISA montrent une diminution générale des cotes. Probablement qu'en parallèle, d'autres qualités et capacités d'adaptation se développent. Le monde change, le rapport à la connaissance aussi. On peut espérer qu'il y ait des aptitudes nouvelles, mais ça reste à démontrer.

Par rapport à l'évolution de la médecine, nous voyons que l'anamnèse médicale et l’examen clinique resteront essentiels malgré les outils algorithmiques, donc la capacité à recueillir l'information, que ne pourront assurer les machines. L’aptitude à collecter l'information est absolument essentielle, ainsi qu'une capacité à l'analyser de façon critique.

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