Politique fédérale

Les hôpitaux ruraux dans le paysage hospitalier de demain

« Le juste équilibre entre proximité et centralisation »

« Si nous voulons préserver notre système de soins, des changements sont inévitables », reconnaît le Dr Paul Pardon, chief medical officer de la Klinik St. Josef à Saint-Vith. « Mais il faut aussi tenir compte de la situation spécifique des régions rurales situées au sud du sillon Sambre et Meuse. »

Erik Derycke - 13 février 2026

Klinik St.-Josef in Sankt-Vith
La Klinik St. Josef à Saint-Vith.

Les 80.000 habitants de la Communauté germanophone de Belgique peuvent, à l'heure actuelle, se faire soigner à l'Hôpital St. Nikolaus d’Eupen (192 lits) et à la Klinik St. Josef de Saint-Vith (156 lits), qui forment, avec les hôpitaux du Groupe santé CHC (dont la Clinique MontLégia à Liège), le réseau MOVE.

Dans la logique du plan des experts de la réforme du paysage hospitalier, la Klinik St. Josef ne répond pas aux critères d’un 'hôpital général régional' (HGR, 240 lits dont 150 aigus) et devrait donc être transformée en 'centre médical local'. « Concrètement, cela signifie notamment la fermeture du service des urgences et de la maternité », explique le Dr Paul Pardon. Il souligne également que Saint-Vith abrite les seuls lits psychiatriques de la Communauté germanophone – 30 lits pour une population de 80.000 habitants, alors que la moyenne belge est de 128 lits pour 100.000 habitants.

L'accouchement, un soin de base

dr. Paul Pardon, CMO St-Joseph
« Une centralisation poussée à l’excès risque de rendre les soins moins accessibles, et d’annuler les avantages d’échelle », souligne le Dr Pardon.

L’hôpital général le plus proche deviendrait alors le CHR Verviers East Belgium, situé à 35-40 minutes de route. « Si une habitante de Saint-Vith doit s’y rendre pour accoucher, c’est comme si l’on disait aux Anversoises d’aller accoucher à Gand. Ce n’est pas défendable. Un accouchement normal relève des soins de base, qui devraient être les mêmes pour tous les Belges », affirme Paul Pardon. Il rappelle également que l’hôpital dispense des soins à de nombreux touristes et mouvements de jeunesse qui séjournent dans l’Eifel.

Paul Pardon souscrit à la logique de la concentration des soins spécialisés, mais en souligne les limites. « Personne ne souhaiterait être opéré pour une intervention complexe par une équipe qui ne réalise que cinq actes de ce type par an », explique-t-il. « Mais une centralisation poussée à l’excès peut rendre les soins moins accessibles et annuler les avantages d’échelle. Et les longs déplacements peuvent constituer un véritable obstacle, en particulier pour les personnes âgées. »

« Un accouchement normal relève des soins de base, qui devraient être les mêmes pour tous les Belges. »

Des soins dans sa propre langue

À la Chambre, le député Luc Frank (Les Engagés) a attiré l’attention sur les besoins de la Communauté germanophone; le ministre Frank Vandenbroucke a souligné que la réforme devait tenir compte des spécificités territoriales et linguistiques. Une réponse qui rend Paul Pardon prudemment optimiste.

« Le rapport semble, à la page 56, laisser peu de place aux hôpitaux de la Communauté germanophone », observe-t-il. « Mais en lisant entre les lignes, on retrouve des principes que le ministre a toujours fortement défendus, à savoir la proximité lorsque c’est possible et des soins dans la langue du patient. »

Une solution serait d'autoriser un centre aigu de plus petite taille à continuer d’assurer les soins de base et les soins gériatriques à proximité des patients, estime Paul Pardon. Cela devrait d’ailleurs être également possible dans d’autres régions peu peuplées du sud du sillon Sambre et Meuse.

Penser dans une perspective européenne

Le Dr Pardon appelle également à prendre en compte le contexte européen. « Aujourd’hui, 13 % des patientes de notre maternité viennent d’Allemagne et, comme l’Allemagne ferme des hôpitaux dans les régions frontalières, cette proportion ne fera qu’augmenter. Je ne dis pas que nous devons organiser prioritairement les soins pour l’Allemagne, mais il faudrait aussi se demander si nous ne devrions pas mieux planifier notre offre de soins à l’échelle européenne. La période du covid-19 a montré de manière incontestable que nous avons besoin d’une Europe plus autonome et capable de mieux coopérer. »

« Tous les responsables sont conscients qu’une réforme du paysage hospitalier est nécessaire », conclut Paul Pardon. « Car dans son fonctionnement actuel, notamment sur le plan financier, le système est réellement insoutenable. Je pense qu’il faut surtout du courage politique et une volonté des organes de gouvernance de prendre des décisions difficiles. Nous devons dès maintenant réfléchir à la manière de garantir l’accessibilité des soins pour nos petits-enfants. »

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