Recherche : 110 généralistes pour rédiger des certificats médicaux à temps plein
Le chef du groupe N-VA à la Chambre, Axel Ronse, a déposé une proposition de loi permettant aux employeurs d’exiger à nouveau un certificat médical dès le premier jour de maladie. Selon les calculs du journal du Médecin, les conséquences potentielles pour les généralistes sont considérables.
Aujourd’hui, un travailleur peut s’absenter pour maladie pendant une journée, deux fois par année civile, sans devoir présenter de certificat médical à son employeur. Selon Axel Ronse (photo), cette disposition ouvre la porte aux abus. « Celui qui veut détourner le congé de maladie de sa finalité peut tout simplement prendre une journée parce qu’il n’a pas envie de travailler, sans même devoir se donner la peine de consulter son généraliste », affirme-t-il.
Selon lui, les employeurs qui souhaitent s’y opposer sont impuissants. Axel Ronse veut donc leur donner la possibilité d’imposer à nouveau un certificat médical dès le premier jour d’absence, pour l’ensemble ou une partie des travailleurs.
Les absences d’un jour pour maladie diminuent légèrement
Si les employeurs exigeaient à nouveau un certificat dès le premier jour de maladie, combien de consultations supplémentaires cela pourrait-il théoriquement générer ? Les chiffres transmis au journal du Médecin par le secrétariat social Attentia donnent une indication.
Attentia a analysé les données de paie de 85 grands employeurs, représentant au total 58.989 travailleurs. Ces chiffres portent uniquement sur les journées de maladie enregistrées sans certificat : un travailleur absent un jour pour maladie avec un certificat n’y figure pas.
En 2023, Attentia recensait dans ce groupe 19,06 journées de maladie sans certificat pour 100 travailleurs. En 2024, ce chiffre atteignait 24,90, soit une hausse de 30,7 %. Selon Attentia, cette forte augmentation pourrait notamment s’expliquer par une meilleure connaissance du dispositif et un enregistrement plus systématique : certains employeurs n’ont commencé à utiliser le code de paie correspondant qu’à partir de cette année-là. En 2025, le chiffre est resté pratiquement stable, à 25,08 pour 100 travailleurs.
Pour 2026, Attentia comptabilisait déjà, au 1er octobre, 16,81 journées sans certificat pour 100 travailleurs. Le secrétariat social s’attend à un total annuel inférieur à celui de 2025. Cette évolution coïncide vraisemblablement avec la limitation de la dispense à deux fois par an, mais les chiffres ne permettent pas d’établir un lien de causalité. Les pratiques d’enregistrement, les effets saisonniers et les changements dans le groupe d’employeurs peuvent également intervenir.
Les chiffres montrent clairement que la mesure accentuera inévitablement la pression sur une médecine générale déjà surchargée.
Que représenterait l’obligation de certificat pour les généralistes ?
Pour calculer les conséquences pour les généralistes, plusieurs hypothèses sont nécessaires. Nous supposons d’abord que les chiffres d’Attentia sont représentatifs, autrement dit que les autres secrétariats sociaux enregistrent un absentéisme comparable pour les absences d’un jour.
En extrapolant à une année complète les 16,81 journées enregistrées jusqu’au 1er octobre, nous obtenons 22,41 journées de maladie pour 100 travailleurs sur l’ensemble de 2026.
Si nous extrapolons ensuite ce chiffre aux 5,163 millions de personnes occupées de 15 ans et plus recensées par Statbel au deuxième trimestre 2026, nous arrivons à environ 1.157.000 journées d’absence pour maladie d’un jour sans certificat. Une réserve s’impose toutefois : l’échantillon d’Attentia se compose de grands employeurs, tandis que le chiffre de Statbel englobe l’ensemble des personnes occupées, y compris dans les PME, l’enseignement et les administrations.
L’hypothèse suivante est que chacune de ces 1.157.000 journées entraînerait une consultation supplémentaire de dix minutes chez le généraliste si le certificat pour une journée se généralisait. Cela représente 24.100 journées de travail de huit heures ou, sur la base de 220 jours de travail par an, l’équivalent d’environ 110 médecins à temps plein qui ne feraient rien d’autre que rédiger des certificats pour des absences d’un jour.
Au tarif de 29,74 euros par consultation, ces 1,15 million de consultations coûteraient environ 34,4 millions d’euros. À titre de comparaison, le Comité de l’assurance a approuvé pour 2027 une proposition prévoyant 36,9 millions d’euros d’économies sur les honoraires médicaux.
Certes, ces consultations destinées à obtenir un certificat ne constituent pas une dépense supplémentaire nette pour l’assurance maladie, puisque les généralistes consacrent déjà ces heures à des consultations. Mais chaque consultation destinée à rédiger un certificat médical se fait au détriment d’un patient présentant d’autres besoins de soins.
Rappelons que nos calculs comportent plusieurs extrapolations et reposent sur le scénario le plus défavorable. Tous les employeurs n’utiliseront pas la possibilité proposée, et le nombre d’absences dans l’ensemble de la population est probablement surestimé. Les chiffres montrent néanmoins clairement que la mesure accentuera inévitablement la pression sur une médecine générale déjà surchargée.
Marieke Geijsels, de ViaCaro (nouveau nom de AADM), partage cette conclusion. « Il serait encore plus intéressant financièrement d’étendre la règle aux absences de deux ou trois jours, ou de permettre d’y recourir plus souvent dans l’année. Dans notre cabinet, nous essayons depuis longtemps de distinguer les personnes qui ont réellement besoin de soins de celles qui ont uniquement besoin d’un certificat. Ce dernier groupe représente environ 30 % des patients qui nous consultent, en réalité, sans demande de soins. »
Allemagne : 945 médecins nécessaires
L’été dernier, le gouvernement allemand a décidé que les travailleurs devraient remettre un certificat d’incapacité de travail dès le premier jour de maladie. Actuellement, les médecins peuvent délivrer, à l’issue d’une consultation téléphonique, un certificat couvrant un à cinq jours au maximum : c’est ce que l’on appelle la « telefonische Krankschreibung ».
Selon la Kassenärztliche Bundesvereinigung (KBV), l’Union fédérale des médecins conventionnés, les consultations supplémentaires qu’entraînera cette décision représenteront 208.000 journées de travail supplémentaires pour les généralistes allemands, sur la base de dix minutes par consultation. À raison de 220 jours de travail par an, l’Allemagne aurait ainsi besoin de 945 généralistes à temps plein qui ne feraient rien d’autre que rédiger des certificats médicaux.